Par Sita Cisse — 20 novembre 2025, 08h00
Une affaire mêlant dettes colossales, intérêts élevés, relations d’affaires informelles et accusations de maraboutage a tenu en haleine le Tribunal de Première Instance de Kaloum, ce mercredi 19 novembre 2025. Au centre du dossier : Aïcha Conté, vendeuse de poissons d’une cinquantaine d’années, poursuivie pour abus de confiance par Kadiatou Camara, capitaine des Douanes.
Plus d’un milliard de francs remis “en espèces”
À la barre, la plaignante affirme avoir remis à l’accusée la somme astronomique de 1 140 000 000 francs guinéens, principalement en liquide. Selon Kadiatou Camara, les remises se faisaient dans les locaux mêmes de la Direction Générale des Douanes.
Face au tribunal, Aïcha Conté reconnaît la dette et tente d’en retracer l’origine :
« Je devais 1 140 000 000 GNF à madame Camara. Les prêts ont commencé avec 150 millions pour l’achat de poissons », explique-t-elle, affirmant que les affaires fructueuses ont poussé la capitaine à augmenter les montants prêtés.
Elle évoque notamment un prêt de 200 millions GNF assorti d’un intérêt de 15 millions, puis plusieurs autres avances consenties “sans difficulté”.
Des fonds redistribués… et une activité paralysée
L’accusée assure avoir réinjecté une partie des sommes dans son circuit commercial, notamment en les confiant à deux vendeuses de poissons, Diaraye Bah et Mabinty :
« J’ai pris 400 millions pour remettre à Diaraye Bah et un autre montant à Mabinty », affirme-t-elle.
Mais sa chaîne d’approvisionnement aurait été frappée par plusieurs imprévus : panne du bateau de pêche de ses fournisseurs, repos biologique, rupture d’approvisionnement en poissons.
« Cela a freiné tous mes business… Mais je m’engage à rembourser d’ici fin 2026 », promet-elle.
Une co-accusée qui confirme la circulation des fonds
Appelée à témoigner, Diaraye Bah confirme avoir bien reçu 400 millions via Aïcha Conté.
Elle précise avoir elle-même porté plainte contre les propriétaires du navire « Dja-Man », en panne, pour tenter de récupérer de quoi rembourser.
La plaignante évoque un “réseau d’escroquerie et de maraboutage”
Dans une déclaration saisissante, la capitaine des Douanes détaille également d’autres sommes remises :
– 17 000 dollars (145 217 910 GNF),
– 50 millions GNF,
– 400 millions GNF pour une commande supposée au Sénégal.
Puis elle lâche une accusation lourde :
« On dirait que j’ai été travaillée chez un marabout… Hadja Oumou Yansané m’a dit que Aïcha Conté appartenait à un réseau d’escroquerie et de maraboutage à Foulamadina. »
Bras de fer entre avocats sur l’origine des fonds
Les avocats ont ensuite livré un débat tendu :
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Me Lanciné Sylla, conseil de la plaignante, exige des preuves des versements que l’accusée prétend avoir faits à une société de pêche.
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Me Mansaré verse même au dossier un document montrant que l’un de ces versements aurait concerné « un bateau transportant des conteneurs », sans lien avec la pêche.
Face à eux, l’avocat de la défense s’insurge contre l’absence totale de reçus lors des remises d’argent et demande la comparution de Mabinty, présentée comme un maillon essentiel de la chaîne.
La partie civile réclame, elle, la convocation formelle de la société censée avoir reçu ces centaines de millions.
Le tribunal réclame des garanties et convoque de nouveaux témoins
Au terme de six heures d’audience, le tribunal a ordonné plusieurs mesures :
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Aïcha Conté doit fournir la liste de ses biens en guise de garantie.
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La cour exige la comparution de Hadja Oumou Yansané, citée pour les accusations de “maraboutage”.
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Mabinty, absente à l’audience, devra également être entendue.
Prochain acte : le 3 décembre 2025
L’affaire, qui combine finance informelle, tensions personnelles et soupçons mystiques, a été renvoyée au 3 décembre 2025 pour la poursuite des débats.
Sita Cisse






