Tribune : Quand la CAF privilégie le Maroc pour une seconde fois – faut-il s’en réjouir ou s’en interroger ?

L’histoire du football africain, riche en émotions et en exploits, n’est malheureusement pas exempte de zones d’ombre. Certaines décisions, prises dans les coulisses du pouvoir sportif, continuent d’alimenter incompréhensions et frustrations. Aujourd’hui, un sentiment de déjà-vu traverse le continent : après la Guinée en 1976, c’est au tour du Sénégal en 2026 de se sentir lésé au profit du Maroc.

La question mérite d’être posée sans détour : assiste-t-on à une simple coïncidence ou à une récurrence troublante dans les choix de la Confédération Africaine de Football (CAF) ?

En 1976, la Guinée, forte d’une génération talentueuse et d’un parcours méritoire, avait vu ses espoirs contrariés dans des conditions que beaucoup jugent encore aujourd’hui discutables. Presque un demi-siècle plus tard, le Sénégal, nation majeure du football africain moderne, semble à son tour confronté à une décision perçue comme injuste, ravivant ainsi les plaies du passé.

Le Maroc, pays de football incontestable, doté d’infrastructures modernes et d’une vision stratégique affirmée, n’a nul besoin de controverses pour asseoir sa légitimité. Ses performances récentes, notamment sur la scène mondiale, parlent pour lui. Mais justement, c’est là que réside toute la problématique : peut-on savourer pleinement une reconnaissance ou un avantage lorsque celui-ci est entaché de soupçons d’iniquité ?

Car au-delà du Maroc, c’est la crédibilité même de la CAF qui est en jeu. Une institution censée garantir l’équité, la transparence et le respect des règles ne peut se permettre de laisser planer le doute sur ses décisions. Le football africain mérite mieux que des polémiques récurrentes ; il mérite une gouvernance à la hauteur de son immense potentiel.

Faut-il alors demander au Maroc de baisser la tête ? Certainement pas. Mais peut-il se réjouir sans réserve ? Là encore, la réponse appelle à la nuance. La grandeur d’une nation sportive ne se mesure pas uniquement aux trophées accumulés, mais aussi à la manière dont ils sont obtenus.

Il appartient désormais à la CAF de faire toute la lumière sur ces décisions, de renforcer ses mécanismes de transparence et de restaurer la confiance. Car sans justice, il ne peut y avoir de véritable victoire.
Mohamed Sita Cisse « Sitanium »